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mardi 25 novembre 2008

Formation Professionne Continue : 5 acteurs pour 3 publics

Ce soir, j’ai envie de faire ma râleuse, ma morpionne, ma rebelle … en bref, d’être le trublion de service dans le monde merveilleux de la grande et belle entreprise. Il était une fois une grande et belle entreprise qui vivait dans le beau pays de France. Pour que ses salariés viennent chaque matin apporter leur pierre à l’édifice dans la joie et la bonne humeur, le législateur avait dit un jour ensoleillé de mai 2004 (contrairement à celui de 68 où il pleuvait des pavés) : « Toi entreprise, eux salariés. Toi devoir faire plus pour eux. Toi devoir former eux. Toi donner moi pognon mais ça pas assez. Moi bien voir toi t’en foutre alors moi inscrire dans Tables de la Loi, la formation tout au long de la vie. Toi avoir compris ? »

La grande et belle entreprise acquiesça, fort marri d’avoir été prise la main dans le sac et retourna à ses petits plans de formation, bien contente de s’en sortir à si bon compte. Notre législateur est un joyeux drille qui n’en est pas à un tour de con près. Il mit en place le dispositif de Formation Professionnelle Continue, la Eff’Pécé pour les intimes, dans un schéma organisationnel où même un secrétaire de parti n’y retrouverait pas ses bulletins de vote. Le bougre constitua une obligation inscrite certes dans la loi mais il décida qu’elle ne relevait pas de l’administration publique. C’était bien plus simple de fonder le système sur la décentralisation, la négociation collective, la gestion paritaire et le marché, dans la digne lignée de la loi de 1971. Ce système ôh combien innovant est constitué de 5 acteurs pour 3 publics. Beaucoup de monde sur la scène et peu de monde dans la salle finalement.

Petit schéma pour ceux qui préfèrent regarder les images …

Financeurs

Côté acteurs, il y a du lourd dans le casting et si j’en crois le rapport de la Cour des Comptes 2008, ce ne sont pas de simples intermittents payés au cacheton. Par ordre d’apparition, on a donc :

Le Maître de Cérémonie : Les pouvoirs publics (ceux-là sont partout faut dire) qui assurent le financement et le contrôle des politiques à travers leurs instances nationales et régionales.

La Région dans le premier rôle féminin, nominée à chaque coup aux oscars de la décentralisation. Elle a compétence pour conclure des conventions de financement d’actions de formation, agréer des stages et verser les rémunérations afférentes aux départs en formation des stagiaires. La politique régionale en matière de formation professionnelle est élaborée conjointement entre le conseil régional et le comité régional de coordination de la promotion sociale et de l’emploi et dans le cadre des orientations de la planification nationale.

Vous remarquerez qu’en termes élégants ces choses là sont dites. A aucun moment, je ne prétends que nous ne sommes pas tous égaux devant la formation, car n’habitant pas tous une région riche et prospère, aux orientations nettement marquées par la sécurisation des parcours.

Les incontournables (et pourvou que ça doure) partenaires sociaux : négociation collective et gestion paritaire qui les place en position d’acteurs de premier plan dans le système. Autour de la table ronde, on trouve les chevaliers du niveau national interprofessionnel, ceux des branches professionnelles et enfin, ceux de l’entreprise.

Les banquiers : Les OPCA (Organismes paritaires collecteurs agréés), les FAF ainsi que les OPACIF (dont le FONGECIF) assurent la gestion de la contribution des entreprises selon les principes de mutualisation. Encore que, toujours selon le même rapport précité : « Les financements sont abondants mais insuffisamment mutualisés, ce qui met d’autant plus en cause la pertinence du système actuel que celui-ci manque de transparence et fait apparaître des coûts élevés ».

At last mais pas at least, la belle et grande entreprise. Pépite au cœur du dispositif, elle participe au financement et associe les représentants du personnel à ses efforts de formation à destination de ses salariés heureux et souriants. Rappelez-vous qu’en 2004, le législateur mutin lui a filé une beigne par loi interposée.

Les organismes dispensateurs (entendez par là, organismes de formation). Du grand n’importe quoi, où chacun fait son marché à l’automne, à la demande de son chef de service, sachant pertinemment qu’on lui refusera une formation de macramé en Andalousie au titre du DIF mais qu’il n’échappera pas à celle de chromatographie gazeuse. Je galèje (à peine) … il existe de très sérieux organismes que mon éthique m’empêche de nommer ici. Dans un contexte de marché concurrentiel, l’exercice de l’activité de formation peut être exercé librement sous réserve, pour les personnes et des entreprises privées, de l’obtention d’un numéro d’existence. La concertation nationale entre les différents acteurs est assurée par la réunion de leurs représentants au sein du Conseil National de la Formation Professionnelle tout au long de la vie.

En gros, le financement, ça se goupille à peu près comme ça …

Financement

Et le public me direz-vous, avide de connaissance que vous êtes. Le public, c’est plus vite fait.

1/ Les actifs occupés (oui, parce qu’il y a aussi des actifs inoccupés … pffff) : les voilà les gentils salariés du privé qui peuvent accéder à la Eff’Pécé au travers de trois modalités différentes :

• Dans le cadre du plan de formation de l’entreprise • Dans le cadre du droit individuel à la formation (DIF) • Dans le cadre du congé individuel de formation (CIF), de bilan de compétence (CIB) ou de validation des acquis de l’expérience (CVAE)

Les agents de la fonction publique peuvent accéder à la formation dans le cadre du plan de formation à l’initiative de l’administration ou du congé individuel de formation de formation.

2/ Les demandeurs d’emploi qui, dans le cadre du Plan d’Aide au Retour à l’Emploi (PARE), peuvent, sous certaines conditions et en ramant beaucoup, suivre une formation rémunérée.

3/ Les jeunes en première insertion relèvent de la responsabilité de la Région. Ils ont également accès au contrat de professionnalisation et au Pare gérés par les partenaires sociaux. Z’ont pas de la chance ces d’jeuns en 1ère insertion ?


Coup de pied de l'âne ...

Pour votre gouverne, les financements au titre de la formation professionnelle en 2006 se sont élevés à 34 milliards d’euros, soit 2 % de notre PIB. Aaahh ouaiiisss … quand même !!! On joue pas petit bras dans le beau pays de France. Et la comedia dell’arte de la réforme va se rejouer dans les semaines qui viennent. Seulement voilà, moi petite chose interrogative, je me dis que le Fillon des bois était déjà du casting de celle de 2004. Vu qu’il est toujours là, le remake risque de ne pas voler haut. Encore que côté OPCA, les petits ont du mouron à se faire. Les entreprises continueront de sortir du plan de formation catalogue, certaines ont même déjà commencé à y coller du DIF, histoire de ne pas rester assises sur une bombe amorcée en 2005. Petite dérive nonchalante de la loi mais puisque les salariés la ferment, les CE aussi et que les actionnaires sont contents, pourquoi s’en priver.

... et coup d'humeur ...

Lundi aurait dû être jour de liesse. J’ai obtenu le financement de ma VAE. Fongécif, tu es mon ami. Grâce à toi, je vais pouvoir décrocher ce fichu diplôme. J’eus préféré que ce soit mon entreprise qui finance, c’est elle qui l’exige après tout le papier. La logique eut été respectée et je n’en aurais été que plus fidélisée. Mardi fût jour de pluie. A ma demande d’autorisation d’absence de 37 jours sur 12 mois dans le cadre d’un CIF pour le master au CESI, pourquoi n’avoir pas proposé d’articuler DIF et période de professionnalisation ? Un calcul simple montre que l’entreprise obtenait des subventions supérieures au montant de la formation. Était-il utile de sourire en coin et de susurrer que le service s’organiserait durant mes absences … si le FONGECIF finance à nouveau ? Parieriez-vous dans mon dos sur un échec ? Je n’ai qu’une seule chose à répondre … mauvaise pioche (et je me retiens …) !!!!

Ce soir, j’ai envie de faire ma râleuse et au passage, ma maîtresse d’école sur les acteurs de la Eff’Pécé … on crache sa hargne comme on peut et moi, ce soir, je peux peu …


Sources : Jean-Luc Ferrand, CNAM, Chaire de formation des adultes, 1997 - Rapport public thématique Cour des Comptes "La formation professionnelle tout au long de la vie" -

lundi 17 novembre 2008

De la compétence

La compétence est, à l’origine, un mot courant, du vocabulaire quotidien, utilisé par tout un chacun. Qui n’a pas entendu des phrases telles que « mon beauf est super compétent en mécanique ! » ou bien « ne va pas voir ce toubib, il est incompétent ».

Ces allégations ne nous posent aucun problème métaphysique. Le langage courant se contente de désigner, sans la définir, la notion de compétence et il nous semble que cela suffit. Issue de constations de bon sens, elle manifeste bien ce que chacun peut constater : une manière efficace de comprendre un problème, de le résoudre avec élégance et célérité, avec un coût en temps éventuellement en argent, aussi mesuré que possible.

Le mot s’est introduit dans le monde de l’entreprise au début des années 80 pour être aujourd’hui utilisé dans tous les secteurs de la gestion des ressources humaines. Des conversations de couloirs, il est passé aux situations professionnelles et termine très souvent le discours d’un Président qui déclare que « c’est notre compétence à tous qui nous fera gagner ».

Nous sommes donc face à quelque chose de mal défini, mal dit, qui aurait à voir avec une certaine efficacité dans l’action : un savoir-faire, les moyens d’être efficace, le flair pour repérer le cœur du problème et les pistes menant à la solution. Bref, tout ce qui fait … le pro. Ok France… on a compris alors si tu pouvais aller au fait, on irait se coucher plus vite …Comme si préciser la notion de compétence était en mon pouvoir quand d’éminents ergonomes et didacticiens du travail déclarent « selon l’interlocuteur, selon le point de vue et selon l’utilisation de la notion de compétence, les définitions seront différentes, presque incompatibles parfois ». Serge de Witte montre ainsi qu’il n’y a pas « une notion de compétence mais plusieurs concomitantes, voire concurrentes ».

Pour l’A.F.N.O.R., c’est « la mise en œuvre en situation professionnelle, de capacités qui permettent d’exercer convenablement une fonction ou un métier » (AFNOR NF X 50-70 (1996) Formation professionnelle - Terminologie)

La didactique professionnelle tente de donner « une définition opérationnelle de la notion de compétence, en la considérant comme un rapport du sujet aux situations de travail », en évitant en particulier de la réduire à une simple caractéristique innée de la personne. Dans cette perspective, la compétence peut donc être définie comme ce qui explique la performance observée en situation, en décrivant l’organisation des connaissances construites dans et par le travail (Pierre Pastré – 1995). Jacques Leplat (1991) caractérise les compétences de la façon suivante :

  • Elles sont finalisées : on est compétent pour une classe de situations déterminées,
  • Elles sont opérationnelles : il s’agit de connaissances mobilisables, mobilisées dans l’action et efficaces pour cette action,
  • Elles peuvent être apprises dans des formations explicites soit par l’exercice d’une activité, la modalité d’acquisition ayant des effets sur leur structuration ;
  • Elles peuvent être aussi bien explicites qu’implicites.

Autour de la compétence, gravitent les concepts de capacité, performance et qualification. Si elle est collective, c’est une valeur ajoutée aux compétences individuelles. « La compétence des équipes ne peut se réduire à la somme des compétences individuelles qui les composent. Elle dépend largement de la qualité des interactions qui s’établissent entre les compétences des individus. Elle se forge dans l’expérience, l’épreuve du réel et l’entraînement collectif » (Guy Le Boterf (1998) in L’ingénierie des compétences)

Et puis parce qu’il est temps de vous laisser aller dormir, bien que le sujet soit loin d’être épuisé, il y a le conscient et l’inconscient … ce qu’on croit savoir et ce qu’on ne sait pas qu’on sait …

Conscient_Inconscient.jpg

Le but de l'analyse du travail étant de faire passer le sujet de la compétence inconsciente à la compétence consciente, souvent en mettant en oeuvre une ingénierie de formation.

Bonne nuit …


NDLR : Non, publier ce genre de billet n'est pas du temps perdu ... en fait, je teste des parties de mon mémoire sur vous :)

samedi 15 novembre 2008

Le ROME

Les demandeurs d’emploi le savent bien : tous les chemins mènent au ROME … celui de l’ANPE ou plutôt, dans quelques semaines, du Pôle Emploi. Le Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois (oui oui … c’est ça que ça veut dire) est un outil d’aide à la décision qui fait aujourd’hui référence. Il contient les descriptions des emplois et des métiers exercés en France. Plus largement, le ROME s’adresse aux professionnels qui interviennent auprès des publics demandeurs d’emplois ou salariés, à la recherche d’une mobilité professionnelle, d’une orientation, d’une insertion ou d’une reconversion.

Sa vocation est triple :

  • servir de support à l’analyse qualitative et à la définition de profils d’offres et de demandes d’emplois déposés dans les agences locales,
  • représenter une source documentaire opérationnelle et actualisée sur les contenus des emplois et des métiers pour les agents comme pour les usagers,
  • renforcer le langage commun que l’ANPE doit entretenir avec ses partenaires, pour intervenir avec efficacité sur le bassin d’emploi.

Pour l’ensemble des acteurs RH, le ROME est une mine d’informations et un outil d’aide à la décision pour :

  • La rédaction de profils de postes,
  • l’élaboration des référentiels Métiers et Compétences,
  • la gestion de la mobilité interne ou externe, …

Les emplois/métiers sont classés par code ROME de 5 chiffres qui établissent une nomenclature sur :

  • Les catégories professionnelles (2 premiers chiffres),
  • les domaines professionnels (3ème chiffre), ou champ professionnel qui renvoie soit à une fonction, un type dominant d’organisation du travail, des technologies mises en œuvre ou enfin à un secteur d’activité,
  • l’emploi/métier lui-même désigné par les 2 derniers chiffres.

Chaque fiche emploi/métier est structurée en rubriques qui sont :

  • Les appellations principales et les appellations spécifiques de l’emploi/métier (les intitulés les plus courants d’emplois et de métiers contenus dans l’agrégation),
  • la définition (descriptif général des activités),
  • les conditions générales d’exercice (environnement et contexte de travail),
  • la formation et l’expérience,
  • les compétences communes qui regroupent les compétences techniques de base (activités dominantes), les compétences associées (activités non indispensables) et les capacités liées à l’emploi (savoir-être requis),
  • les spécificités qui regroupent les activités spécifiques (caractéristiques particulières, technologies utilisées, responsabilités, …) le lieu d’exercice de l’activité (secteur, taille de l’entreprise, …) et les conditions de travail.

Tout cela est bien joli et il est possible que ce billet éclairera la lanterne de certains lecteurs. Vous m’en voyez ravie. Cependant, attention, il s’agit d’un répertoire générique. La contrepartie de l’atout qui est de donner à tous une référence commune, est que l’emploi est décontextualisé. Il convient donc que l’utilisateur en tienne compte pour optimiser son usage.

Parler de ce répertoire m’amènera à vous entretenir des compétences, des référentiels et par voie de conséquence à la GPEC. Nul doute que vous entendiez ces mots très souvent, que les utilisiez même, sans pour autant imaginer les notions qu’ils recouvrent. Bien sûr, je ne parle pas des pros de la fonction RH … pppfff … encore que … petit coup de pied de l’âne à certains des pros en question : si vous en parliez un peu moins pour faire les beaux et les appliquiez un peu plus sur le terrain, il y a fort à parier que le dialogue social serait un peu moins lourd. Allléééé … ça, c’est fait … Wouaaaah ça défoule le matin !!

Ne croyez pas que nous nous éloignons de la formation, qu'elle soit initiale ou continue. Au contraire, nous sommes en plein dedans. La FPC (Formation Professionnelle Continue) est tout à la fois hydre de Lerne, Arlésienne et marronnier de journaliste. Omniprésente même lorsque sa présence est discrète, elle est au cœur des enjeux qui se posent aujourd’hui à notre société. Un exemple dans l’expression « sécurisation des parcours », si le mot formation n’est pas prononcé, il y est tout entier contenu. Ce ne sont pas les Conseils Régionaux qui me contrediront.

Plus sérieusement et pour tous ceux qui ont le nez dans le guidon de leur VAE à regarder le mot « référentiel » avec un encéphalo digne d’un bulot cuit, un conseil : soufflez fort, pieds à plat, dos droit, pas de panique. Promis, je vous concocte un résumé qui, je l’espère, vous reposera la rétine, même s'il vous met le cerveau en ébullition.

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