Identité numérique ... mon oeil oui !
Par France le mardi 24 mars 2009, 20:09 - Histoires de blog - Lien permanent
L’identité numérique est au cœur du débat. Je prends le risque d’être hors sujet et franchement intello de comptoir. J’ai bien compris le concept de l’identité numérique que je ne confonds pas avec identité virtuelle, l’une et l’autre pouvant être en pleine contradiction. Ce ne sont pas les dragouilleurs de meetic qui viendront me contredire. L’identité numérique n’est pas une nouveauté. Depuis belle lurette, nous avons été répertoriés, ne serait-ce que par notre numéro INSEE. Cette suite de chiffres est unique et contient les informations permettant de nous géolocaliser, nous classifier, nous archiver.
Bien sûr, les temps changent et aujourd’hui, l’identité numérique passe par les blogs et les réseaux. Les cartes à puces diverses et avariées dorent sournoisement le déclin à ceux qui espèrent encore pouvoir conserver une parcelle de privé, dans un univers inféodé au tout communicant (qui entre nous et le coin de la porte, n’a jamais aussi peu communiqué)
Je me souviens d’une scène irréaliste : ma gamine, alors à peine âgée de 10 ans, était en pleine crise de désespoir parce qu’elle était violemment attaquée par ses « amis » sur IRC. Nous habitions alors l’étranger. Je l’ai vu sanglotant toutes les larmes de son corps parce qu’une bande de sous –motorisés du bulbe s’en prenait aux idées qu’elle défendait dans un langage très éloigné des bonnes pratiques de courtoisie. Nom de Zeeuuuss ... quand mes yeux se sont portés sur l’écran et que j’ai constaté les insanités qui y étaient échangées, j’ai tiré sur la prise téléphonique et l’aventure du net a cessé pendant quelques mois à la maison ! Peu importe qu’ils ne lui apportent rien, qu’importe qu’ils ne soient que des incultes, qu’elle soit leur souffre douleur, elle faisait partie du club. Tu parles d’un club ! En crise identitaire majuscule, l’éloignement n’arrangeant pas les choses, c’était sa seule façon d’exister par elle-même.
Bien aprés cet épisode, en 2005, j'ai tenté moi-même l'aventure du blog. Celui de l'écriture tout d'abord. Je l'ai considéré comme une activité dilettante, un échappatoire à des journées professionnelles intenses. Dans la grande majorité des personnes que j'ai été amenée à croiser dans cette aventure, j'ai trouvé comme une quête du Graal, une course effrénée à l’identité webesque. Etre visible, audible, reconnu à tout prix … à n’importe quel prix, même au prix de la perte de sa véritable identité. Sommes-nous devenus à ce point des RMIstes sociaux que nous ne sachions plus exister pour ce que nous sommes réellement ? Tout se mélange : être et paraître, être et croire qu’on est. Se construire virtuellement dans un espace-temps qui au final condamne à l’isolement. C’est un univers éphémère où l’illusion de la liberté tient chaud. Sans doute évite-t-il à bon nombre de se heurter sans cesse à des solitudes bétonnées mais de là à lui décerner le Nobel de la reconnaissance socio-culturelle, il y a tout de même de la marge.
Ces univers ne sont pas une généralité même s'ils sont pléthore. et je reconnais l'utilité aujourd'hui de modeler une identité numértique, ne serait-ce que professionnellement. Mais pour un espace finalement assez restreint, combien d’univers pervertis, emprisonnant l’homme et sa pensée, interdisant aux têtes de dépasser sous peine d’être impitoyablement coupées, obligeant à rentrer dans un moule sous peine d’être accusé de crime de lèse-monolithe.
Je sais … je ne suis qu’un pitoyable dinosaure qui refuse de faire dans le caniveau. Je ne peux que constater que, parfois, la machine s’emballe (j’ai trop aimé Kubrick et Orwell vous croyez ?). Il n’empêche que cette fameuse identité numérique me rappelle quelques scènes d’anthologie. Elle me ramène également à des concepts bien plus dérangeants, développés en leur temps par de plus fous que Gates. Encore que rêver de mettre le monde en coupe réglée, fut-ce informatiquement, ça n’en dénote pas moins de l'existence d’une pathologie tout aussi dévastatrice.
Que je sois sur ce blog ou sur les rares espaces que j’explore, que je réponde par une des 2 seules adresses mail que je possède (depuis plus de 10 ans pour l’une d’entre elles), je n’ai qu’une seule et même identité : mon nom et mon ADN, seuls patrimoines réels. L’appartenance à une famille dont les racines plongent profondément dans le passé. Je n’ai nul besoin d’ajouter aux multiples facettes qui me composent et avec lesquelles je bataille suffisamment comme ça, une couche d’identité supplémentaire. Je sais qui je suis et ce que je suis. Bon an, mal an, j'assume mon compte de névroses et que je le veuille ou non, je dois faire avec ce que mon miroir me renvoie, alors si en plus je dois me pixelliser, autant m’enfermer tout de suite ! Serait-ce parce que je me suis construite solidement et réellement, que je ne n’éprouve pas la nécessité de me déconstruire numériquement ? Va savoir ...


Commentaires
Bonsoir France, ben quel coup de sang !!!
Je partage un peu ton opinion, est-ce une question de génération...?? Tout cela est dans l'air du temps, à nous de ne pas en être esclave . Nos enfants naissent maintenant avec le web entre les mains, à nous de les aider aussi à discerner "le bien et le mal" car il y a tout de même du positif dans tous ces échanges by the web.
Bien beau billet France. Je dirai qu'il ne s'agit pas forcément d'une facette de plus, en en revenant aux définitions de l'identité: c'est la même chose, et c'est bien pour cela que la question est intéressante à mon sens.
Je suis d'accord avec toi sur les risques et dérives, sur les trop, toujours trop et les égos mal mesurés.
Sur le côté qu'en est-il du voisin de pallier, ce n'est pas une question de numérique, c'est une question de société.
Je suis plutôt de ceux qui pensent, peut-être naïvement, que ce "nouvel" outil peut contribuer à construire si l'on n'oublie pas de penser la société par ailleurs. Pour moi, c'est un paradigme passionnant.
Au passage (après tout ça!) encore merci pour ta contribution à Drôle d'emploi, c'est super d'avoir pris le temps de le faire.
Je suis à la fois d'accord et pas d'accord avec toi. En effet, le web créé des dérives, notamment identitaires. Oui, les blogs peuvent parfois être la vitrine d'un manque de reconnaissance. Effectivement, dissocier vie numérique et vie réelle n'est pas une très bonne chose. Mais ce n'est pas le principe de l'identité numérique
Si cette question est actuellement au centre des préoccupations, c'est que le web a pris une place centrale. Nous vivons d'abord par notre vie réelle (heureusement), mais cette dernière transparait sur Internet. Dans ces conditions, il est justement important de faire correspondre qui nous sommes vraiment avec ce que les autres voient de nous.En d'autres termes, construire son identité numérique en accord avec notre parcours et nos convictions, tout en mettant en valeur nos points forts (professionnels entre autres). Ce n'est donc pas une déconstruction mais une construction
Ainsi, il ne tient qu'à nous de maitriser cette identité pour la faire s'accorder avec qui nous sommes vraiment. La visibilité ne sert à rien si elle est construite sur du vent. Et il ne faut pas confondre visibilité et popularité, être visible permet d'être trouvée lorsque des personnes nous cherchent (ou cherchent des infos sur nous, ou dans le cadre d'un blog emploi, sur notre métier), ce n'est pas forcément une course au nombre d'amis.
Désolé si je n'ai pas été très clair
@ Carole : Nous nous devons d'être extrêmement plus vigilants. Bien plus que ne l'étaient nos propres parents qui ne devaient s'assurer que d'une chose : que nous ne traversions pas la route sans regarder des 2 côtés. Pour le net, c'est la même chose, sauf qu'il n'y a pas de côté ou plutôt qu'il y en a autant qu'il y a d'espaces créés dans l'espace. Vé me faire greffer les yeux d'une mouche pour en garder une facette sur les activités de mes petits-enfants
@ Véronique : Je reconnais que cela apporte des outils, ne serait ce que la visibilité professionnelle accrue. C'est ce que l'on en fait qui m'inquiète parfois. M'immerger dans le monde des Virtuels a été un véritable plaisir ; mon esprit a fait l'école buissonnière. Je me suis surprise dans la journée à m'interroger sur ce qui avait bien pu arriver à ce pauvre Tristan
@Cher Modérateur : nous disons les mêmes choses avec des mots différents. J'adhère à des espaces comme ceux de Régions Job (ou similaires) pour la visibilité que cela permet d'obtenir, pour les liens qui se tissent également entre personnes qui ne se seraient jamais croisées autrement -en cela je suis entièrement d'accord avec toi. Dans le domaine professionnel, il faudra être bien sot pour se donner l'image de ce que l'on est pas mais la sottise est une denrée si répandue que rien ne me surprendrait plus en la matière. Si je n'avais qu'un conseil à donner aujourd'hui à quelqu'un qui se lance dans l'aventure du numérique, c'est de s'assurer de la solidité de ses repères réels. Ce sont eux qui nous ancrent et font que l'identité numérique devient un avantage fort. Pour les autres ... gaffe au trou noir. Tiens d'ailleurs, à propos de trou noir, vous savez que c'est aussi une histoire entre une Chose Virtuelle et son Anti-Chose ? Faudra que je vous raconte ça un jour ...
Pardonnez mes petits coups de passion. Le jour où mes billets deviendront fades, il faudra vous inquiéter. Quelque chose dans mon identité réelle ne tournera pas rond. Merci de votre fidélité
Vaste débat ! Les dangers de la vie réelle sont plus nombreux qu'on ne le pense....Mais restons Zen
Magnifique billet, superbe débat par ici ! Je suis d'accord avec toi... parfois même en te lisant, une petite diode rouge a clignoté par ici... mais je vais me faire l'avocate du diable :
Te voilà donc bien à jongler avec quelques ID...
France ? Françoise ? ou Femme Baobab ? voilà déjà trois ID auxquelles j'ajoute cet avatar de tatie Danielle qui au passage ne te correspond pas du tout
Donnes-tu de toi ici ? de la vraie France je veux dire, avec son histoire, la vraie ? Non, comme nous tous, tu cloisonnes, surveilles, distiles, parce que ce n'est ni l'endroit ni le lieu (et encore heureux !)
Oui bien sur tu es restée la même, humaine, socialement compatible avec les êtres de ton espèce même si tu n'as pas encore appris le caniveau ;-), avec tes valeurs, tes sentiments... Mais n'empêche... le web renvoie ici une facette de ton image et ailleurs une autre...
Le tout est de savoir que toutes ces facettes forment un tout (excuse moi de te résumer à un tout) et que ce tout a des racines bien profondes, les pieds bien sur terre et la tête ... où t'as la tête déjà ? Allez zou ! file dans tes dossiers
Tant qu'à squatter ton blog... Savais-tu qu'il n'y avait aucune citation sur l'identité numérique ? en revanche sur l'identité en voici qques unes :
Seuls le sang, la famille, l'histoire, le temps, identifient un être humain. Le sang est la meilleure carte d'identité.
Jean-Marie Adiaffi (extrait de la carte d'identité)
C'est de l'identité qu'est née la différence. Heinz Pagels
(Extrait de L'Univers Quantique)
Tout individu ne développe-t-il pas son identité personnelle et la vision qu'il a de lui-même d'abord en fonction de la situation dans laquelle il vit, et ensuite seulement en fonction de la conscience historique de son entourage ? Ulrich Wickert (Extrait de Comment peut-on être allemand)
Coucou Nath
Il n'y a pas des ID différentes, il y a seulement l'expression de quelques facettes, parties d'un tout, comme je l'exprime dans le billet. Tu peux me traiter de Tout, je ne trouve pas cela dévalorisant, bien au contraire
C'est ce que nous sommes non ? des êtres entiers, un et indivisible. Des identités carbone
Tu as raison, je ne livre dans un espace que ce qui le concerne. Qu'importe la formation professionnelle aux lecteurs de la Femme-Lionne n'est-ce pas ? Et qu'importe les états d'âmes d'une Femme-Lionne lorsqu'elle s'habille en chargée de formation. Quant à mon avatar, qui sait s'il n'est pas un message d'auto-dérision dans un monde qui se prend trop au sérieux. Ce que je veux exprimer, c'est qu'au travers de ces différentes facettes, c'est bien de moi qu'il s'agit et pas d'une qui s'invente ou se fantasme. Un fonctionnement par bulles, certaines s'interfaçant, d'autres non. Un cloisonnement, souvent essentiel à de bonnes relations sociales et en cela je fais preuve d'une navrante banalité (ou d'un sens aigu de la survie, à voir ...). Nous savons intuitivement que l'Autre n'est pas uniquement ce que l'on en voit, d'autant que notre vision est faussée par nos propres représentations mentales. C'est lorsque nous souhaitons mieux le connaître, qu'il nous faut alors faire preuve d'une vision systémique, d'une appréhension des ensembles complexes et d'une immense intelligence du coeur. Toute autre attitude ne pourrait qu'être réductrice et le symptôme que l'Autre ne nous intéresse pas pour ce qu'il est mais pour ce que nous voulons qu'il soit.
Ce qui me dérange un tantinet dans le petit monde de la blogospère, lui-même n'étant qu'une infine partie d'un tout, c'est que parmi tous ceux qui revendique leur identité, au même titre que la sacro-sainte liberté d'expression, ils sont fort nombreux à refuser aux autres cette même possibilité, surtout lorsque cela ne va dans leur sens. En revanche, ils sont rares les espaces où chacun peut s'exprimer dans un débat, dans le respect des idées exposées et des mots employés. Régions Job fait partie de cette rareté (je ne cire pas les pompes, je constate), en raison certainement de son orientation mais surtout de ceux qui l'animent et la composent.
En disant que ma seule identité est mon nom et mon ADN, je ne faisais que paraphraser Adiaffi sans le savoir alors ? Vé le lire cet homme.