La prise de note
Par France le vendredi 22 mai 2009, 12:03 - Histoire d'en savoir plus - Lien permanent
Les situations où il y a échange d’information sont nombreuses (réunions, entretiens, formations, …) qui demandent une attention quasi permanente pour intégrer un contenu souvent dense. Comment faire pour exploiter de façon efficace cet afflux ? En amont, procéder à une préparation rigoureuse. Ensuite, développer une technique et des supports de prise de notes adaptés au contenu.
Prendre des notes est un exercice qui relève principalement de la pratique personnelle. Technique qui n’est pas enseigné en milieu scolaire, nous avons donc dû la mettre en pratique de façon empirique.
Pour information la vitesse de la parole est d’environ 150 mots/minute contre environ 30 mots à l’écrit. Le challenge est alors de suivre la cadence en faisant preuve d’une bonne écoute et quasi simultanément, de synthétiser ces informations et noter ce qui nous semble cohérent et utile. Plus la séquence s’étale dans le temps et plus l’exercice devient complexe.
Se préparer
Un travail préalable sur le sujet de la formation (ou de l’entretien, de la réunion) est une première approche d’aide à la prise de note. Il s’agit à ce stade, de s’interroger sur ses propres attentes puis d’étudier les informations concernant le programme et les objectifs du stage. Ce presse-citron vous aidera à rester proactif et à motiver votre attention, y compris au moment de l’hypoglycémie méridienne ou de l’endormissement digestif. Rester attentif à 100 % sur une journée est impossible, c’est largement prouvé.
Quel matériel utiliser ?
La plupart des organismes de formation proposent le matériel nécessaire à la prise de note. Il est cependant préférable d’utiliser son propre matériel, matériel ancré dans nos habitudes et dont l’usage nous est coutumier :
- un cahier (éviter d’égarer des feuilles, de les mélanger, conserver la chronologie de la formation),
- ou un bloc (répartition sur différents feuillets, les contenus structurés par thème).
Quoi noter
Fichtre … nous voilà au cœur du problème débat. Il y a ceux qui notent tout. J’en vois, en amphi pendant les cours, qui grattent furieusement, soulignant proprement les titres, changeant de couleur suivant le niveau. Je les admire. Cependant, s’ils ont été capables de restituer intégralement le cours, qu’en est-il de la nécessaire réactivation des acquis quelques jours plus tard, leur attention ayant été plus focalisée sur leur bloc que sur le contenu. Ensuite, il y a ceux qui s’approprient les informations par l’écoute puis les restituent sous forme de schéma, de dessin, de notations personnalisées. Ils sont souvent actifs, moins centrés sur les notes et attentifs au fonctionnement du formateur. Je laisse à chacun sa méthode qui lui permet de cerner ce qu’il est important de noter. Il n’y a pas de recette miracle, il n’y a que des techniques plus ou moins valables.
Pour ne pas manquer (trop) les informations essentielles, il est important de détecter les signaux envoyés par le formateur. Ces signaux sont de 3 ordres : la structure, le discours et la forme.
- La structure : ce sont les repères qui concernent l’articulation, les enchaînements des différents exposés. Les règles de lancement de stage préconisent de présenter le programme et les objectifs. Le formateur rappellera au fur et à mesure, ce qui vient d’être traité afin d’introduire la progression logique. Ce sont les mots tels que « tout d’abord », « ensuite », « en conséquence » … qui induisent la chronologie, l’argumentation ou l’énumération qui va être développée. Ce qui va suivre sera donc important à noter.
- Le discours : les formateurs renforcent tous (ou à peu près) leur message avec des « ce qu’il faut retenir », « ceci est important ». Généralement, ils reformulent le message. Profitons de cette reformulation pour clarifier les notes prises l’instant d’avant.
- La forme : la gestuelle entre en scène. Qui n’a pas utilisé ses doigts pour renforcer une énumération ? Le message est visuellement fort. Pour ce qui concerne la voix, c’est à son débit qu’il faut être attentif. Il ralentit lors de l’exposé d’éléments théoriques et s’accélère dans l’illustration des idées force. Pour finir, il y a bien sûr les informations que le formateur juge suffisamment importantes pour les noter au tableau (noir ou papier) ou les résumer sur des transparents.
Utiliser les abréviations …
Elles sont incontournables. D’une part parce que la notation s’effectue toujours avec un temps de retard et d’autre part pour éviter la tendinite du poignet en fin de journée. Afin de transcrire rapidement le message essentiel, le style télégraphique est une vraie mine de techniques :
- Les mots de liaison qui marquent une chronologie, la conséquence …
- Les mots clés (nom + prédicat) : le prédicat vient donner des précisions sur le mot clé et peut être un adjectif, un verbe, etc … Exemple : pour la phrase « Dans ce bâtiment, les salles sont particulièrement adaptées », on notera « ici salles adaptées ».
- Les définitions des termes, des informations nouvelles : cela doit être noté de façon la plus claire
- La tournure des phrases : le temps de retard de la notation nous permet d’ajuster notre regard sur l’énoncé, ce qui évite justement le mot à mot. Tout ce qui sera articles et prépositions tels que « de », « la », « avec », « comme » … ne sont pas indispensables et pourront être éliminés sans risque pour la compréhension future. Par exemple :
transformer les tournures négatives en affirmation :« cette technique n’est pas souple » donnera « technique rigide », résumer les éléments d’une énumération par un terme générique (« Vous devrez vous munir des stylos, cahiers, blocs-notes et les feutres » devient « prévoir fournitures »).
Notre société contemporaine regorge d’abréviations, de raccourcis, de sigle. A chacun d’intégrer les formes qui lui conviennent et à les automatiser. En vrac :
- Abréviations communes : problème = pb, toujours = tjs, numéro = n°, développement = dvt
- Abréviations spécifiques, adaptées à un secteur d’activité ou à un métier : CC = code civil ou courant continu, RF = république française ou responsable formation
- Abréviations personnelles, empruntées à une langue étrangère, aux symboles et idéogrammes ou à des pratiques professionnelles : ETR = entreprise, W = travail (work en anglais), ie = c’est-à-dire (id est en latin), T = tout le monde (signe sténo), => = implique, ≠ = différent, ∑ = ensemble
- Les abréviations des suffixes : « …eur » est remplacé par « r » , « … ion » par « ° », « … ment » par « t »
En résumé, vos meilleurs atouts pour une prise de note efficace en formation :
- Préparer la formation et ses supports
- Prendre des notes consomme de l’énergie. Il est primordial d’apprendre à la gérer sur la durée sans qu’elle soit un obstacle à une écoute active.
- La prise de note ne doit pas exhaustive. Le système de notation doit proposer des déclics enclenchant une remémoration lors de la relecture. Enrichir sa prise de note par des signes qui ramèneront les développements réels en mémoire
- Donner de la vie à ses notes pour qu’elles dynamisent la mémoire : signes, indications en marge, …
- La prise de note doit rendre compte du mouvement de pensée que l’on a capté et que l’on confrontera à son propre système de réflexion. Ce n’est pas une photocopie mais une production individuelle créative et organisée.
- On note ce que l’on sent et ce que l’on pense : la prise de note invite à noter en marge des remarques personnelles (par exemple : à vérifier) et pas seulement ce que l’on entend.
- Choisir son support et sa technique de note : Prise de note fonctionnelle, normée, arborescente/heuristique.
A l’issue de la formation, rien ne vaudra une bonne relecture, une remise au propre et au clair pour s’approprier définitivement et durable les savoirs qui ont été exposés. Ce sera de plus un travail de mémorisation extrêmement efficace.
Alors maintenant … bonnes notes à tous …
Pour rédiger ce billet, je me suis largement inspirée et appuyée sur les écrits de :
Buzan T., Une tête bien faite, Editions d’organisation
Chevalier B, Lecture et prise de note, Editions Nathan
Couchaere MJ., Notez vite, notez mieux, Editions Chotard
Mucchielli R., La méthode des cas, ESF Editeur
Simonet R. et J., La prise de note intelligente, Editions d’organisation


Commentaires
Je trouve ton article très intéressant et très détaillé. C'est vrai que la prise de note est capitale partout : cours, travail, réunion, formation...
Merci pour ce bel article.
Merci à toi Marylise.
Bonjour,
Je réalise un travail de recherche sur la prise de note lors d'enretiens dans la relation d'aide (en particulier des entretiens ayant un rapport avec l'insertion professionnelle). Il s'avère que lors de mes observations, certaines personnes prennent leurs notes sur un support papier, et d'autres directement sur un outil informatique. j'ai pu remarquer que par rapport à ce constat, les usagers sont plus ou moins "acteurs" de leur projet. En effet lors de la prise de note sur support papier, les usagers se sentent écoutés, proche du professionnel. Lors de la prise de note sur support informatique, les usagers se sentent "mal écoutés", ils prennent l'entretien comme une formalité et s'impliquent moins dans leur projet.
Y-aurait-il des auteurs qui traitent directement de ce sujet ?
De votre côté qu'en pensez-vous ?
Cordialement, Hakim
Hakim : il ne me vient pas en tête d'auteur particulier sur ce thème. Pour ma part, je n'utilise que le papier pour prendre des notes en entretien. Il m'a toujours semblé que l'ordinateur met de la distance entre interlocuteurs mais ce n'est qu'un ressenti personnel. En y réfléchissant, je n'ai pas souvenir d'interlocuteur qui prenne directement des notes sur ordinateur durant notre entretien (quel que soit l'entretien), en dehors de participants à une réunion, ce qui dans ce cas, est plus compréhensible. En revanche, en formation, j'ai remarqué que les participants aiment disposer d'un support papier sur lesquels ils vont consigner leurs notes au fur et à mesure de la formation. Un des organismes avec lequel je travaille proposait des CD contenant tous les supports. Les stagiaires ayant tous demandé à imprimer les documents, ils sont revenus à la version papier classique. C'est une forme d'appropriation du support comme du contenu, je suis d'accord. En entretien, le fait de prendre des notes, renvoie également un message de meilleure écoute.