Cet ouvrage intitulé fort à propos « Qu’est-ce qu’on mange ? » trône majestueusement sur une crédence de ma cuisine. Les photos sont superbes et à les regarder, j’imagine déjà la standing ovation qui ne manquera pas d’accueillir mon entrée au moment du dîner. Les choses se gâtent dès qu’il s’agit de réunir les ingrédients et les plats ad hoc. Personnellement, je n’ai en permanence ni chinois, ni tofu. Ca réduit salement mon champ d’investigation et je me vois dans l’obligation de me rabattre sur la purée : casseroles et pommes de terres, ça je suis sûre de les avoir !

Mais admettons que pour une fois, j’ai le chinois et le tofu. J’encombre mon plan de travail d’un second ouvrage : un dictionnaire. Je tourne les pages fébrilement, du bout de mes doigts plus très propres, à la recherche de verbes dont l’utilisation culinaire me laisse dubitative comme dégraisser, blanchir, pocher ou réserver.

Mais admettons que pour une fois, j’ai du tofu, un chinois ET que je comprend la recette. Toute guillerette, je poche, je réserve, je laisse frémir, j’incorpore, je vérifie et suprême récompense … je sers les croquettes au tofu qui ressemblent à tout SAUF aux croquettes au tofu de la photo ! Pas le même saumon, trop de chapelure, le céleri pas assez émincé !! Eeehh ouiiiii … il y a loin de la recette à la table.

Et bien les recettes des entretiens annuels, c’est exactement la même chose. Parce que vous n’êtes pas le mec de la vidéo, votre structure est aux antipodes de la sienne, votre fameux N+1 bien différent lui aussi. Il y a de très fortes chances que vous ne puissiez pas appliquer les précieux conseils qui vous sont prodigués avec un dogmatisme qui me désarçonne. Alors non, je n’ai pas de recommandation si ce n’est de pas y aller les mains dans les poches et la fleur au fusil tout de même. A quoi vous servira-t-il de ne pas être vous-même ? Faut-il être béta (ou trader) pour penser que même un supérieur éloigné ne sait pas ce sur quoi vous avez bossé toute l’année et ce qu’il compte bien vous confier l’année prochaine. Assurez-vous que le bilan est honnête des 2 côtés, que les objectifs fixés ne sont pas trop flous ou inatteignables. Ne signez que si vous êtes en parfait accord avec ce qui a été retranscrit (ou si on vous colle un 9 mm sur la tempe). La réalité est également que nombreux sont ceux qui ne disposent d’aucune latitude lors de ces entretiens qu’il leur faut subir. Nier cette réalité, c’est nier la différence qu’il y a toujours entre un livre de cuisine et le plat que vous servirez.

PS : Pour celles (et ceux) qui veulent la recette des croquettes au tofu, je veux bien l’échanger contre un chinois.

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