Putain d'armoire ...
Par France le mardi 6 janvier 2009, 19:11 - Juste entre noux - Lien permanent
J'avais démarré 2008 sur les chapeaux de roues. Pour ceux qui m’ont lu (ici ou ailleurs), ils savent que le 2 janvier, j’avais eu la malencontreuse idée de me gaver de pilules contraceptives pour vieille chatte en lieu et place des cachetons pour vieille arthritique. Les urgences étaient déjà ce qu’elles sont, à savoir surchargées et l’interne de garde n’avait rien pu faire d’autre que de mourir de rire.
Et bien, c’est avec pertes et fracas que cette année si prodigieusement commencée a bien failli se terminer. Je vous plante le décor : ma Nénette préférée souhaitait refaire sa chambre. Quand je dis refaire, c’est TOUT refaire. Et qui mieux que sa bricoleuse de génie de Môman pouvait réussir l’exploit de peindre, tapisser, acheter et monter les meubles, tout ça entre 2 réveillons, la rédaction d’un mémoire et d’un premier jet de VAE. En même temps, une pièce de 11m², il n’y a pas mort d’homme. Surtout chez les autres !!
Choisir la tapisserie fut un jeu d’enfant, même si 3 murs prune foncé n’ont pas vraiment éclairé une pièce déjà sombre. On a marié le prune avec un mur en bleu (le résultat est assez génial je le reconnais). Mais avant cela, il a fallu vider cette chambre dans laquelle, j’avais placé une armoire. Pas un truc Confo ou suédois, non … une bestiole comme on en fait plus depuis 150 ans, une monstruosité que je me traîne depuis 35 ans, de France en Afrique, de maison en appartement, fabriquée pour des espaces de 3 m sous plafond et dont la corniche ne passait plus depuis belle lurette. Toute chevillée bois la bête. En fait, je finissais par ne plus la supporter mais quelques relents passéistes m’avaient empêché jusque là de commettre l’irrémédiable, à savoir m’en séparer.
J’entends déjà des hurlements à la lune à l’idée de la fin pitoyable de ce meuble. Tout doux !!! Ce n’était que du bois d’arbre. Eut-elle été Louis Machin que j’aurais réfléchi différemment. Dans le cas présent, vu les lapins que m’ont posé les rares antiquaires qui avaient accepté de venir, j’ai pensé que nous n’allions pas tergiverser plus longtemps. Nous avons donc entrepris l’opération de démontage. Pour ce faire, normalement, il faut la coucher sur le flanc. Pourquoi n’a-t-elle pas voulu se coucher ce jour-là ? Un sombre pressentiment sans doute si on accorde une âme aux objets inanimés. Il fallut donc se résoudre à le faire tout d’bout. Les 2 montants immenses des côtés sont reliés entre eux par des linteaux ouvragés pesant un âne mort, en haut et en bas, tout ce petit monde maintenu par d’énormes vis à l’ancienne. OK … je dévisse. Précautionneusement. Je la connais, je me méfie. Ma fille maintient un montant d’une main, le côté de l’autre, avec la force de son mètre 60 et de ses 40 kilos toute mouillée. Petits coups de marteaux sournois pour sortir les encoches de leur logement. Elle résiste, me nargue, ne bronche pas d’un millimètre (l’armoire, pas ma fille !). Je me penche légèrement. Et là mes amis … par Toutatis !! Ce p…. de linteau qui n’attendait que ça, me tombe sur la tête de tout son poids et de toute sa hauteur ! En fait, comme j’étais légèrement tournée, c’est sur toute la moitié du visage qu’il s’est aplati. Mes binocles toutes neuves qui giclent, ma fille qui hurle Mamaaannn et moi qui découvre que quelqu’un a déplacé le sapin dans la chambre sans mon accord et que ce con clignote de tous ses feux !
Moment inoubliable où j’ai l’impression de ne plus avoir de tête mais une énorme caisse de résonnance, la sensation unique de ne plus y voir que d’un œil (super pour ne voir que la moitié de sa misère) et une fleur écarlate qui est en train d’éclore sur mon tee-shirt blanc. Je me précipite dans la salle de bain, pas pour me voir mais pour me coller la tête sous l’eau. Depuis que je sais qu’on ne désinfecte pas une plaie au Glen Fiddish, l’eau froide et le Daquin sont devenus ma seule religion. De toute manière, ma tête ne rentrerait pas dans le goulot du Glen ! La douleur estompe un peu. Je m’approche du miroir et chausse mes lunettes, miraculeusement intactes. On ne peut pas en dire autant de ma tronche. Un renflement me barre déjà tout le côté droit, une balafre me zèbre de l’œil au nez et un superbe arc de cercle rouge marque l’emplacement de la monture. Une crème anti-coup, un pansement qui rapproche les chairs et remplie d’une juste colère, je m’approche de la vicieuse boisée. D’un coup sec, je lui assène le coup de grâce. Elle s’effondre, vaincue, il ne nous reste qu’à dégager les restes. Maman vainqueuse par KO !
J’ai repris mon bricolage après avoir fait la leçon à ma fille : si tu vois ma bouche tomber, cherches pas, appelles les pompiers ! Le lendemain, je suis allée chercher les nouvelles étagères. Elles ne dureront certainement pas 150 ans mais elles sont bien plus fonctionnelles, toutes blanches (sur le prune, c’est rudement zoli). J’ai fabriqué un pont au-dessus du lit, repeint les portes, découpé de très belles volutes pour les habiller, posé les nouveaux rideaux aux nouvelles tringles, cousu des coussins de tête de lit et MaGaliette a terminé en replaçant ses monceaux de peluches, de bouquins, l’ordinateur, ses CD … Elle a reconstitué son monde secret et j’ai enfin pu faire mon ménage.
Dans les jours qui ont suivi, j’ai artistiquement viré au jaune. Ce qui faisait bien mon affaire puisque nous étions invitées pour le réveillon du Nouvel An chez des amis chinois. J’étais donc très couleur locale. J’ai mis des paillettes sur mon pansement et je suis entrée dignement en 2009, debout et avec mes 2 yeux. Il faudrait tout de même que j’aille passer une radio, si je suis moins colorée, je suis encore toute bosselée. Pas que ça nuise à mon genre de beauté … non … mais une fracture du crâne, même toute petite, pourrait contrecarrer mes projets et Dieu sait qu’ils sont nombreux pour les mois qui viennent.
Si certains espéraient se débarrasser de moi, je n’ai qu’un mot à dire : ratéééééé !!!!


Commentaires
Et bien je suis ravie de voir, non pas que tu as failli te faire décapiter par une fichue armoire, mais qu'il n'y a pas que moi qui ais des armoires de 150 piges qui refusent obstinément de se démonter sans encombre...
Alors pour la mienne qui est toujours debout, la monter c'est ok, mais la démonter... une autre paire de manche. La dernière fois, je tremblotais en tenant les côtés pendant que mon cher et tendre retirer les chevilles, en priant que j'ai pas le haut du fond qui me tombe dessus, le côté qui parte en sucette et que surtout l'ensemble n'ensevelisse pas mon chéri sous une tas de chêne massif...
Eh! Je me disais aussi! On ne peut pas te laisser seule 5 minutes!! Plus solide que les veilles armoires tu es
heureusement. Non, finalement, tu sais te propulser dans les nouvelles années, et nous avec, en nous apportant le sourire, aussi!
Voilà un récit cocasse et excellemment bien conté !!
un tube d'Arnica dans le Swap ??
(re) Bonjour France,
aurais-tu un petit temps et un peu d'inspiration pour venir écrire du côté de Drôle d'emploi?
@Evy ... c'était aussi du chêne massif ! Et je confirme que quand le haut te tombe dessus, tu découvres de nouvelles étoiles dans ton ciel
@ BJC, laisse tomber l'arnica, rajoute plutôt du chocolat :-)))))))
@ Véronique, j'aurais aimé te répondre par l'affirmative. Mais très honnêtement, je suis un peu sèche en ce moment côté inspiration sauf dans les histoires qui entrent dans le champ de la formation. Inutile de te dire de quoi sont faits mes rêves ?!!! ...
C'est cela même, des nouvelles étoiles que tu préfèrerais ne pas découvrir...
Perso, nous sommes sur le point de déménager, et je me demande déjà qui je vais recruter pour m'aider à démonter la dite armoire...
C'est ça les femmes lionnes!